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Laouratou Ndiaye, épouse de Papa Mambaye Faye est décédée le 29 aout de
l'an 2011. Ce n'était ni la Guinéenne ni l'africaine, elle était de celles qui ont choisi comme terrain de prédilection et comme profession celle d'être une Gestionnaire du foyer.
Comme Laouratou Ndiaye, qui nous a quitté, on ne leur fait ni épitaphe tombale, ni ode, encore moins d'oraison funèbre à la dimension de la tâche accomplie pendant des années au service de la société dans les familles. Dans le meilleur des cas, on se contente de dire qu'elle nous a quitté après avoir obéit à son mari selon les règles prescrites de la morale.
Personne ne grave sur leurs tombes « Ci-git mon épouse qui a donné naissance à mon fils ou ma fille qui est devenu ( e ) ministre ou ci-git la mère du président de la République ou ci-git la mère de tel ou telle célébrité du monde des finances, de la politique ou du spectacle … » L'anonymat médiatique étouffe la profession qui consiste à tenir un foyer. Un devoir, dit-on, tout au plus.
Pourtant les héroïnes du foyer sont et seront toujours à l'origine des grands évènements et des célébrités qu'on célèbre allègrement. Des années auparavant, dans un foyer, elles ont préparé ces évènements en donnant naissance aux enfants qui les déclencheront, et avec lesquels on les vit.
L'héroïne du foyer est tout autant une comptable des dépenses journalières, extensives et futures, qu'une scientifique chimiste qui crée les repas équilibrés. Elle est aussi bien l'infirmière qui veille sur la santé de tous et trouve les prophylaxies nécessaires contre les maladies. Ingénieure du Génie-bâtiment, elle peut prédire les dimensions de la maison qui conviendra à la famille. Malgré ses multiples tâches, elle a le temps de créer en elle, d'entretenir et de préparer, le génie qui demain donnera à l'humanité l'invention ou l'idée, salvatrice. Ma belle sœur Yatou a accompli sa tâche à cet égard.
« Si ton frère n'est pas là, il me suffit de te regarder pour me calmer et attendre sagement son retour » me disait-elle au plus profond de l'épanchement de sa passion amoureuse. Aimante, elle le fut au point de n'être que l'ombre de sa propre personnalité pour élever aux cieux celle de son époux. Yatou -Mambaye ! On ne connaissait plus Laouratou Ndiaye. À la place, elle plaçait Yatou-Mambaye. Elle n'était que lui, contre vents et marées, pour le meilleur et pour le pire.
Couturière émérite, elle n'hésita pas à substituer à son métier cet autre métier, plus complexe, mais non « officiellement » rémunéré, pourtant combien digne et salvateur pour la société qu'est la Gestion du foyer. Un choix qui est aussi celui de la procréation entretenue pour la continuité de l'être, pour la formation de la famille, pour la création de la tribu et de toutes formes de groupes qui s'étendent en société, en nation, assure la maintenance de l'humanité toute entière, la survie de l'espèce humaine. Telle est la fonction principale de l'héroïne du foyer. Qu'on la codifie ou non, qu'on la structure ou non, qu'on la couvre ou la découvre, le fait n'en demeure pas moins vrai. Yatou y a pleinement contribué.
Ma belle-sœur Laouratou Ndiaye, pardon Yatou, je voulais dire Yatou-Mambaye a donné son due à l'humanité en projetant de nouvelles et futures familles avec quatre enfants. Badou, NDèye Fatou, NDèye Dior et Rokhia que j'appelle affectueusement Rockie, se souviendront toujours de cette femme qui leur a donné le jour. Au-delà de leurs vingt ans ou moins, ils perdent en Yatou une mère, la sœur, la tante et surtout l'amie. Ne l'appellent-ils pas, familièrement, avec la complicité que les enfants en harmonie créent, la Bambé. Que veut dire la Bambé ? « Celle qui à l' œil sur tout, celle qui contrôle et s'assure que tout va bien. » m'a expliqué, une fois, mon neveu Badou, son fils ainé. C'est aussi l'anagramme phonétique de Bemba, qui signifie l'aïeul. Elle était aussi pour ses enfants cette aïeule avec laquelle ils plaisantaient, s'amusaient, et qui se laissait jouer des tours pour le seul plaisir de les voir heureux.
« Yatou, avec sa cuisine fine et ses mets délicieux m'empêchera toujours de prendre une deuxième femme » me confiait, souvent, mon frère Papa Mambaye Faye. Quand, je le regardais pour déceler l'ironie ou le sarcasme, je le trouvais très sérieux au contraire. Je m'en amusais et en même temps, je me disais que la bonne cuisine de Yatou Mambaye n'était qu'un point dans un tout qui est la gestion quotidienne du foyer. Ce n'était, peut-être, pas la meilleure cuisinière du monde mais c'était sa cuisinière à lui, la gestionnaire compétente et indispensable de sa famille : L'héroïne de son foyer.
Ce n'est pas une profession facile que celle d'être héroïne du foyer. La confrontation avec l'anonymat n'empêche pas les responsabilités, parfois perverses. Il faut, alors, savoir survoler les contradictions, résoudre les problèmes, aplanir ses propres subjectivités et tenir compte de celles des autres.
Pendant plus de vingt –cinq ans de mariage, Yatou-Mambaye a su tenir son gouvernail pour naviguer dans cette grande famille des Faye, sérères de Guinée et du Sénégal de nos origines où en définitive la djolof a rendu l'âme, le lundi du 29 aout 2011.
Plus d'une trentaine de beaux-frères et de belles sœurs sont devenus des frères et des sœurs. « Tu veux ceci ou cela du grand frère, tu ferais mieux d'en parler à Yatou » était devenu le leitmotiv des uns et des autres. Ce n'est pas qu'on ne pouvait pas obtenir de notre ainé, grognon, ce qu'on demandait mais avec Yatou l'avocate, on l'obtenait sans la grogne.
Belle et enjouée mais surtout intelligente, elle a, aussi, su apprivoiser ses beaux parents très tôt. Yatou appelaient, sans autre forme de procès, notre père Mba, mon papa et notre mère Nna, ma mère. Suivant cet exemple ses enfants, du vivant de leurs grands parents, les ont appelés de la même façon. Nous voici donc réunis en filles et fils des mêmes parents, grâce à toi, Yatou-Mambaye.
Yatou-Mambaye, tu as su intégrer et imprégner nos familles en donnant de ta chair et de ton sang. Sois sûre que nous ne t'oublieront jamais. Ce témoignage de mon encre est le témoin de ma promesse. J'y joins celle de ma famille et surtout celle de ton mari, de tes enfants. Que ta famille qui est devenue aussi la nôtre, grâce à toi, trouve ici l'expression de nos sentiments de tristesse et de regret avec nos sentiments de communion que tu as cultivés.
Nous croyions, pauvres hères, que nous avions encore tant à faire, tant à accomplir, avec toi ! Mais le Seigneur, aux insondables voies, sait ce qu'il faut et t'a rappelé en ta dernière demeure. Qu'il soit donc clément pour ce sur quoi tu te serais trompée sans mal y penser. Repose en paix, Yatou Mambaye. Affronte l'épreuve avec sérénité Papa Mambaye. Amen !
Amis et amies, vous qui croyez en elle comme la source de nos vies, célébrons également la Mère, l'épouse au foyer, comme une gestionnaire de haut niveau ; l'héroïne du foyer, qu'elle est. Que cela soit écrit et accompli.
O. Tity Faye.