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4ème partie - La Résistance africaine à l'intrusion coloniale
L’Europe s’est aventurée dans la colonisation selon un processus qui frappe inéluctablement toute civilisation qui se développe verticalement en faisant fi de la juste nécessité d’associer horizontalement de larges couches sociales au partage de la richesse créée pourtant en commun. Et plus une telle éthique se systématise dans le développement global, plus des privilèges artificiels se font naturels dans les esprits : complexe de supériorité ; habileté dans la légitimation de l’arbitraire, mépris d’autres Peuples, débordement hors des territoires pour soumettre ces derniers à l’exploitation, a l’hégémonie, c’est ainsi que l’oppression, aboutit à la déshumanisation du colonisateur, de l’exploiteur, tout comme à la déshumanisation de l’opprimé.
Certains en sont encore à parler des effets stimulants de la colonisation pour des populations, colonisation qui, aux yeux d’un éminent homme du milieu du 19e siècle, est parée de toutes les vertus. « Son pays, écrit-il, est en train de composer un poème magnifique qui a pour titre : « La colonisation de l’Afrique ». (Son pays) « a recours à la guerre…uniquement dans la mesure où elle est nécessaire à la civilisation, poursuit-il. Ce qui rassure (son pays), c’est de savoir qu’il porte dans sa main la lumière et la liberté ;(son pays) sait que, pour un Peuple sauvage, être occupé…, c’est commencer à être libre ; que pour une cité de barbares, être brutalisés,…, c’est le début des lumières. Que (pour son pays) faire la guerre, envahir les territoires, bombarder les fortifications n’est pas important s’ (il) fait taire ses fusils avec des livres ».
Mesdames et Messiers, Chers Frères, Vous avez entendu « lumière et liberté » pour un « Peuple sauvage », incendie de « cité de barbares », comme « début des lumières », envahissement de « territoires », mariage « des fusils et des livres » !
Alors, vous conviendrez avec nous, qu’il est significatif que la tenue de ce Séminaire sur la Résistance africaine coïncide avec le 13e Festival National des Arts et de la Culture en Guinée. C’est que la résistance à la subjugation est aussi une manifestation culturelle et qu’un tel traitement de la condition humaine ne peut que déclencher une résistance d’autant plus farouche qu’il concerne les hommes conscients du fait que leurs Peuples n’ont jamais été privés de liberté des siècles durant, Peuples allant jusqu’à ignorer l’existence de civilisation d’envahisseurs !
Nous disons, depuis près de 15 ans, que l’histoire nous enseigne assez clairement que tout élément de progrès, qu’il soit technique, scientifique, social ou culturel, n’a de réelle valeur humaine que si son influence sert à l’ensemble de la société universelle et constitue un moyen honnête d’évolution. Mais, « les fusils et les livres » dont nous venons de parler étaient identiques aux premiers Wharfs de Gorée, des Iles de Loos de Conakry, des débarcadères de Boké, de Benty, de Dubréka, de Bassam, de El Mina édifiés pour faciliter la traite des esclaves et qui appelaient nécessairement à l’exercice du droit à la résistance à l’humiliation, à la domination étrangère, à l’oppression et à l’indignité !
Dans le but de bâtir leur empire sur les ruines des
Peuples africains, les colonisateurs ont eu recours à l’occupation militaire de vastes territoires sous tutelle absolue de la « métropole ». Régenter sans partage le monde fut et demeure encore
le propre d’un système étouffant et étouffé par son propre développement vertical, un système qui, à travers ses capitaux qu’il exporte, institue un monopole qui se veut planétaire, en vue de se
procurer des surprofits au mépris de la liberté des autres, sinon de leur existence pure et simple.
A ce système d’oppression et d’exploitation sans borne des Peuples et des hommes, à ce pillage systématique de leurs territoires, au vol organisé de leurs biens pour disposer d’un marché facile et gratuit, les Africains ne pouvaient opposer que la résistance sous toutes ses formes.
Pour les besoins de la cause, pour se donner bonne conscience, les envahisseurs ne tarirent guère en qualificatifs méprisants prétendant salir la crédibilité des héros dont nous parlons légitimement aujourd’hui, légitimement, car, comme on le dit, pour savoir où l’on va, il faut savoir d’où l’on vient. La mémoire des Peuples est une source inépuisable d’expériences et de courage pour affronter avec succès l’avenir et ses problèmes complexes. Mais, écoutons un peu quelques-uns de leurs propos les plus courtois :
Abdel Kader d’Algérie ? « Berbère insolent et têtu » ! El Hadj Oumar Tall ? « Marabout fanatique et turbulent » ! Béhanzin du Dahomey ? «Un barbare buveur de sang humain» ! Le Mahdi du Soudan ? Jeu de mot sur son nom : « mad mawla, le Chef enragé » ! L’Almamy Samory Touré ? « Roitelet sanguinaire et vendeur d’esclaves » !
Et nous en passons en fait d’injures ordurières et d’étiquettes collées à nos Résistants par ceux qui, avec cynisme, avaient dépecé l’Afrique comme un gibier à la triste Conférence de Berlin en 1884-1885. Mais, nos héros de la résistance à l’occupation coloniale ne pouvaient être injuriés que par les âmes viles. A un moment opportun de l’histoire, ils se sont donné la volonté et le courage de dire catégoriquement non au diktat de l’étranger, non à l’opprobre, non au carcan de l’esclavage, non à la soumission à un ordre immonde !
Et pour affirmer sa volonté de n’accepter aucun comportement avec les ennemis de son Peuple, l’Almamy Samory Touré avait eu raison de dire, comme le rapporte l’un de nos historiens, nous le citons : « Quand un homme ne veut pas, il dit non catégoriquement et sans équivoque ».
Un recul suffisant dans le passé pour en cerner les mobiles politiques, les motivations idéologiques et les ressorts moraux qui ont mû des hommes dans le sentier de la lutte à outrance pour la dignité et la liberté, permet une aperception solide de la complexité inévitable des questions de l’avenir.
L’Almamy Samory Touré, dont l’Empire est l’un des sous thèmes du présent Séminaire international sur la Résistance africaine à l’intrusion coloniale, l’Almamy Samory Touré, disons-nous, fut l’un des plus grands Résistants à l’invasion coloniale française en Afrique.
Il commença sa vie dans le commerce de produits végétaux et du bétail, dans le cadre d’une tradition familiale, son père ayant exercé les mêmes activités. C’est la capture de sa mère bien aimée
par les troupes des Cissé, qui incita cet homme à s’enrôler dans les mêmes troupes pour obtenir la libération de sa mère.
Il fit montre de qualités militaires exceptionnelles, de courage indomptable et de ferme détermination dans le combat, et devint ainsi progressivement influent. Incarnant de nobles aspirations à l’unité politique des villages de sa tribu, il constitue une troupe autonome pour se doter d’un domaine qu’il agrandit au fur et à mesure de ses conquêtes. Il était un diplomate averti, un véritable stratège habile dont le coup d’œil sur le contexte environnant lui permettait de prendre immédiatement les décisions les plus justes.
Il contracta plusieurs alliances avec les Chefs de la contrée mandingue et arriva à regrouper autour de lui les populations des Régions actuelles de Beyla, Kérouané, Kankan, Mandiana, Siguiri, Kouroussa, Faranah, etc. Très grand organisateur, il sut insuffler la discipline à ses troupes et mit sur pied une administration judicieuse et une parfaite organisation de son territoire.
Il appliqua savamment la méthode de la décentralisation dans cette administration, décentralisation associée à la concentration du pouvoir, notamment, militaire, judiciaire, religieux et éducatif, car son but était avant tout de créer une Nation homogène, puissante et soumise à la morale de l’Islam, religion qu’il pratiquait et à l’expansion de laquelle il œuvrait. Mais voilà qu’en pleine œuvre de construction nationale, les troupes françaises d’invasion, parties du Sénégal, avançaient en direction du Niger avec l’intention de soumettre à l’autorité de la France, la sous-région mandingue. Au même moment, des troupes britanniques faisaient la conquête du Sud de la Sierra-Léone et établissaient des Comptoirs anglais. Ahmed Sékou Touré, président de la République de Guinée (1958-1984) - (À suivre)