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Mardi 11 mai 2010 2 11 /05 /Mai /2010 01:42

FodeBangoura_MamadouSylla.jpgLes intrigues pour le contrôle du pouvoir – (suite 2)

L’une des figures magistrales – et controversées - de cette période est celle de l’homme d’affaire, Mamadou Sylla. Non seulement, il est un ami personnel du président de la République mais tout porte à croire qu’’il est le majordome qui a la charge des affaires de celui-ci, au présent et au futur. Le patronage public du président de la République couvre une dette en millions de dollars qui oppose Mamadou Sylla à l’État guinéen. Lorsque ce dossier est mis sur la table, tout s’emballe. Il s’agissait, selon l’accusé, de ventes de marchandises au gouvernement guinéen à un moment où ses caisses étaient vides. Il y a des dus à l’État guinéen qui doivent être payes rétorquent certaines autorités du pays. Les tergiversations à ce propos font couler de l’encre.

En conjectures, les montants en jeu ont une importance relative par rapport à l’objectif d’élimination d’un homme qui influence, sous tous ses aspects, les dernières années du deuxième président de la République de Guinée.

Le premier ministre, Cellou Dalein Diallo se trouve, activement ou à son corps défendant, au milieu de la tempête du jeu de pouvoir. Les tentatives de son gouvernement d’éclaircir l’affaire sont visiblement contrecarrées par le président de la République lui-même. Celui-ci prend le parti de soutenir son ami, Mamadou Sylla. Quelques autres évènements vont servir à ternir le mandat du Premier ministre en poste.

D’abord, la tentative de complot - déjouée- en janvier 2004 obscurcit l’atmosphère et dénigre le pouvoir en place à cause des agissements du ministre de la Sécurité, Moussa Sampil. Ce dernier, manipulant la stratégie du complot, accuse et met aux arrêts, à tort, des présumés coupables. Il est impensable qu’il ait décidé de le faire sans ordre supérieur. Là encore, l’omerta s’impose jusqu’à présent.

Toutefois, la pression nationale et internationale finit par vaincre. Bien que le ministre de la Sécurité, Moussa Sampil, soit éjecté de son fauteuil, la crédibilité du pouvoir vacille. D’autant plus que des leadeurs politiques et leurs militants avaient été accusés d’attentat et de complot contre l’autorité de l’État. Parmi eux, l’ex Premier ministre, Sidya Touré, à la tête de l’Ufr (Union des forces républicaines) depuis 1999. Il y a eu également l’arrestation de certains de ses collaborateurs dont Mme Rougui Barry, ancienne maire de la commune de Matam, et un certain Ibrahima « Capi » Camara. Ils sont accusés d’avoir ourdi le complot depuis la France (Voir Chronique d’une Démocratie annoncée » P. 234-235.)

Ensuite, l’organisation mal gérée des élections communales - organisées par le ministre de l’Administration du territoire, Naby Youssouf Kiridi Bangoura - le 18 décembre 2005, provoque le désaveu populaire. Les jeunes, surtout, l’accusent d’avoir manipulé les urnes et les résultats. (ibidem, P.235). La Bonne gouvernance est malmenée. Avec ces deux évènements consécutifs, la crédibilité du pouvoir en place sombre totalement.

Sur le plan international, l’hésitation des bailleurs de fonds reprend le dessus, coupant l’herbe sous les pieds du Premier ministre, Cellou Dalein Diallo, qui comptait sur leurs collaborations pour mener à terme les projets et programmes nationaux.

À ce moment, dans les alcôves du Palais de la présidence émerge un autre personnage, le Secrétaire général de la présidence, Fodé Bangoura. Inconnu du public, il se révèle comme un redoutable candidat au contrôle du pouvoir. Son objectif est d’élaguer autour du président de la République. Aussi bien Mamadou Sylla que Celloun Dalein sont sur sa ligne de mire. Il procède donc par élimination au sein d’un clan qui regroupe plusieurs caciques du parti du président de la République, le Pup, (Parti de l’unité et du progrès).

Il faut souligner que ce parti bénéficiait de la déstabilisation des institutions étatiques pour diriger l’Assemblée nationale dont le mandat était expiré. Les requêtes des partis de l’opposition pour l’organisation des élections législatives sont sans effet. Le président de l’Assemblée nationale, Aboubacar Somparé, est accusé de créer les obstacles pour empêcher les scrutins. Il craint une déroute de son parti, le Pup, affaiblit par les turpitudes au sommet de l’État, affirme t-on du coté de l’opposition.

Aboubacar Somparé apparait, à son tour, comme le plus vicieux prétendant au pouvoir. Il est dans le cercle du pouvoir, le seul à vouloir réellement prendre le pouvoir au lieu d’un contrôle sous l’ombre du Général Lansana Conté. Mais il compte le faire en toute légalité. Une première tentative d’invalidation du Président de la République, indigent, est lancée sous le couvert des bailleurs de fonds internationaux. Le Premier président de la Cour Suprême, l’ex Premier ministre Lamine Sidimé s’y oppose. Sa fidélité, de tradition médiévale, vis-à-vis du chef de l’État est inébranlable.

Pour les détracteurs d’Aboubacar Somparé, les obstructions au renouvèlement du mandat de l’Assemblée nationale ont un objectif précis : la prise et la conservation du pouvoir après le décès du président de la République malade. Le scénario qu’il projette, selon eux, serait de finir le mandat de celui-ci, à sa mort, et de briquer un autre, en utilisant les méthodes électorales qui ont porté au pouvoir le Pup et le Général Lansana Conté.

En réalité, selon la Constitution nationale, le président de l’Assemblée nationale devrait assumer l’intérim pendant 60 jours, en cas de vacation du pouvoir, en préparant les élections pour la succession. Mais Aboubacar Somparé est, aussi, considéré parmi ceux qui ont fait partir El hadj Boubacar Biro Diallo, l’ex président de l’Assemblée nationale, aussi bien du Pup que de la présidence de l’Assemblée nationale. À ce propos, Aboubacar Somparé déclare avoir proposé celui-ci pour occuper la fonction, faute de consensus entre les caciques-fondateurs du Pup au moment du choix. Ceci n’empêche pas cela.

Ce sont quelques-unes des raisons qui permettent de comprendre pourquoi Aboubacar Somparé a été une des cibles particulières des partisans du Premier ministre, Cellou Dalein Diallo. Inclusivement les appétences, désormais visibles, de ce dernier au leadeurship politique, en font une cible d’un clan qui vise comme Fodé Bangoura l’objectif de mettre fin à ses prétentions. Entre autres, il est question du président de l’Assemblée nationale, Aboubacar Somparé et du président du Patronat, Mamadou Sylla. De nombreux ministres et proches du président de la République y jouent. On peut citer Jean Claude Sultan, Jean Paul Sarr, El hadj Fodé Soumah et Mlle Chantal Colle qui sert de maillon avec la famille présidentielle.

C’est à travers une nébuleuse valse de décrets, dans laquelle Fodé Bangoura est impliqué, que le président de la République se débarrasse de Cellou Dalein Diallo. Déjà motivé par les agissements des supporteurs de ce dernier, il croit, facilement, à une tentative de son Premier ministre de mettre au gouvernement ses propres hommes. Selon les informations en provenance du cabinet présidentiel, le décret qu’il a fait publier des noms que l’original ne comportait pas sont apparus. Falsification ?

Dans l’opinion nationale, on remarque, effectivement, que plusieurs personnes nommées dans le décret publié sont des proches du Premier ministre. L’indice majeur est la nomination du journaliste Tibou Camara au ministère de l’information. Celui-là même qui avait eu la tâche ingrate de contrer toutes critiques à l’égard du Premier ministre dans la presse mais aussi sur l’Internet. De son coté, Cellou Dalein Diallo s’est défendu en attestant avoir soumis le décret au président de la République qui l’aurait signé. Dans la turbulence de ladite période où les barons du pouvoir profitaient de ses états quasi-comateux pour lui faire signer au président de la République ce qu’ils voulaient, ce n’est pas impossible. Il est à noter que plusieurs des ministres reconnus autour de Mamadou Sylla et Aboubacar Somparé ne sont pas sur cette liste. Ce qui amène à penser que le Premier connaissait les adversaires dont il fallait se débarrasser.

Une troisième version soutient que c’est une énième copie du décret, falsifié ou non, qui aurait été diffusée sur les ondes de la Radiotélévision guinéenne. Un coup de savate du Secrétaire général de la présidence n’est pas à exclure. Il bénéficiait alors du soutien de la couple Somparé-Sylla qui dirigeait sans doute les agissements discrétionnaires de leurs émules auprès du président de la République. De l’espace pour les manœuvres est conquis. Si bien que …

À la fin du mois d’avril 2006, pour la première fois dans l’histoire de la Guinée, un Premier ministre est limogé avec un motif administratif publié : « faute grave » dans l’exercice de ses fonctions. Nul n’est surpris de son renvoi. La lutte d’influences autour du président de la République se caractérisait par les échecs et les victoires éphémères des uns et des autres. Le poste restera vacant jusqu’en 2007. Si bien que… (Suite – Les intrigues pour le contrôle du pouvoir)

Par O. Tity Faye - Publié dans : Documents - Communauté : Tribune africaine
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