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Les intrigues pour le contrôle du
pouvoir – (suite 3)
Le départ de Cellou Dalein de la primature étant acquis, un grave problème de leadeurship va opposer les maitres du jeu dans le courant de l’année 2005 à 2008. Le président de l’Assemblée nationale, successeur constitutionnel pour un temps imparti, ne prend pas le temps de convaincre ses alliés de « légitimer » ses ambitions de s’arroger le pouvoir. Fodé Bangoura se fait assister de Mamadou Sylla pour influencer la composition d’un nouveau gouvernement. Ils font miroiter aux yeux du Général Lansana Conté une approche rédemptrice de son image de marque : le retour de certains de ses anciens collaborateurs auxquels il doit de bons et loyaux services rendus. Ce dernier y croit et accepte la mise en place d’un gouvernement dont la liste est composée de concert par Mamadou Sylla et Fodé Bangoura. Mais celui-ci réussit à le personnaliser en fonction de ses ambitions jusqu’alors inconnues de tous y compris Mamadou Sylla.
En effet, des vieux barons et ducs, reviennent pour occuper les principaux postes du gouvernement et de l’administration nationale. Le retour du « conducteur » des premières élections nationales, Alsény René Gomez comme ministre de la Justice,.le positionnement de Moussa Solano au rang de ministre d’État chargé de l’Administration du territoire, de la Sécurité et de la Décentralisation, changent plusieurs données en ce qui concerne les prétentions du président de l’Assemblée nationale. Il n’est pas le seul. Mamadou Sylla, en lutte pour la conquête de la chambre du commerce, n’a pas pu avoir au gouvernement les hommes tous les hommes qu’il souhaitait pour soutenir son influence.
Fodé Bangoura en se taillant la part du lion a pris le soin de rayer de la liste certaines personnalités qu’il avait proposées et qui auraient porter ombrage à son évolution. C’est le cas de Facinet Touré prévu au ministère de la Défense. On peut spéculer là-dessus. Avant le coup d’État du 22 décembre 2008, à défaut de pouvoir l’empêcher, Facinet Touré avait lancé un avertissement à partir d’une longue interview avec Guinéenews sur l’État de l’armée guinéenne et les dérives possibles. Bien que la supercherie de Fodé Bangoura n’échappe pas à Mamadou Sylla, il est obligé au partenariat en guettant une faiblesse à exploiter pour prendre sa revanche.
En attendant, ministre d’État chargé des affaires présidentielles, Fodé Bangoura et son clan gouvernemental investissent les couloirs du palais de la présidence.
Le grand perdant est, bien sûr, Aboubacar Somparé. En remontant les faits on s’aperçoit que la majorité des membres du nouveau gouvernement est constituée par des adversaires du président de l’Assemblée nationale.
Comment et pourquoi ? Pour la petite histoire, c’est un rapport fait par Alsény Réné Gomez qui lui a couté son poste de recteur en 1986-1987, suite à une grève à l’université de Conakry. Plus
tard, celui-ci l’a démis de ses fonctions de Secrétaire général du ministre de l’Intérieur lorsqu’il devint le chef du département en 1990.
L’opposition entre Moussa Solano et Aboubacar Somparé est criarde dans la lutte de pouvoir que les coordinations régionales mènent constamment au sein du Pup.
De son coté, pour le président de la République, Aboubacar Somparé a toujours été une épine dans son pied. Entre 1992 et 1993, sa volonté de leadeurship au sein du mouvement politique menant à la création du Pup, le parti gouvernemental, est mal perçu par le Colonel Lansana Conté. D’abord d’un point de vue purement idéologique, il est comme beaucoup d’autres un produit du parti unique, le Pdg. C’est aussi l’intellectuel qui a tenté de faire respecter au président du Comité militaire de redressement national (Cmrn) sa promesse, qu’un militaire en tenue, ne doit pas se présenter pas aux élections politiques nationales. Il aurait au sein du Pup, dit-on, tenter de briquer la candidature à la présidence de la République dès 1993. Vrai ou faux, il N’a jamais entretenu de relations harmonieuses avec le Général Lansana Conté dans la gestion du parti. D’autres fait l’incriminent aux yeux du président de la République et refroidissent leurs relations.
En 1996, conséquence de l’insurrection de l’armée, la session des lois de l’Assemblée nationale avait légalisé les privilèges de retraite du chef de l’État. Ce qui planifiait d’avance la retraite du Général Lansana Conté soit à la fin de son mandat en cours (1993-1998) soit après le second mandat (1998-2003). Il avait déjà cumulé de 1984 à 1998, 14 années de pouvoir. En ce moment, Aboubacar Somparé était Secrétaire général du Pup, parti majoritaire à l’Assemblée nationale. Les évènements prouveront que le président de la République n’a pas apprécié qu’on le pousse vers la sortie. L’on ne s’étonne donc pas d’apprendre que le Général Lansana Conté ait rejeté, avec violence, la liste des députés proposée par la direction du Pup, à l’issue des législatives de l’année 2002. Il lui a imposé une liste dans laquelle ne figurait comme membre de la direction du parti que le Secrétaire général lui-même. Une victoire que Moussa Solano savoure avec le Général Lansana Conté avant que les deux ne subissent un revers inattendu.
Malgré leurs pressions et manipulations, Aboubacar Somparé réussira à se placer à la tête de l’Assemblée nationale avec le soutien de la direction du parti. Et ce, au détriment des candidats du président de la République. La direction du Pup a donc pris sa revanche après l’éviction de ses membres de la liste des députés du parti.
En réaction, au cours des années qui suivent, le président de la République outre l’utilisation de son influence personnelle, confié à un certain nombre de personnalités la mission d’empêcher Aboubacar Somparé d’assouvir ses ambitions de prendre le pouvoir. De son vivant et après. Parmi eux, Fodé Bangoura, ministre secrétaire général à la présidence, Almamy Fodé Sylla, ministre de l’enseignement technique, Saïkou Yaya Baldé président du comité de lutte contre la corruption et Moussa Solano, ministre de l’administration du territoire. Ce dernier jouait, en même temps, le rôle de porte-parole du ministère de la Défense que dirigeait le président de la République depuis l’insurrection armée de février 1996. Où qu’il soit, il ne faut jamais oublier d’ajouter à la ligne des inconditionnels du Général Lansana Conté le nom du président de la Cour suprême, l’ex Premier ministre Lamine Sidimé.
Cependant, le Général Lansana Conté utilise avec maestria deux stratégies concomitantes. D’une part L’application du système de boucs émissaires par la succession des ministres et des gouvernements. De l’autre, la culture systématique de l’opposition entre ses hommes de main proches, ministres et hauts cadres qui le servent. Les Hommes du président ont donc changé au fil des ans.
Ainsi, après les élections présidentielles de 2003, ces hommes du président Lansana Conté vont, pour une raison ou pour une autre, perdre leurs privilèges et leur poste. Notablement, en 2004, Moussa Solana est renvoyé du gouvernement à cause des conséquences de la gestion des élections nationales. Contrairement à ses prédécesseurs, Alsény Réné Gomez et Zainoul Abidine Sanoussi, il n’avait pas réussi à empêcher le boycott des élections présidentielles par les partis politiques de l’opposition. Cet échec a mis a nu le caractère impopulaire et antidémocratique des élections en Guinée ainsi que la volonté de confiscation du pouvoir affichée par le Général Lansana Conté avec la révision constitutionnelle qui lui a ouvert la voie à la présidence à vie.
Ces faits et circonstances sont à considérer pour mieux comprendre les offensives croisées qui opposent les hommes du cercle du pouvoir au cours des années allant de 2005 à 2007. Ils ne se font aucun cadeau. De 2005 à 2006, le retour de ses vieux adversaires, dont Alsény Réné Gomez et consorts, oblige Aboubacar Somparé à se mettre en situation défensive, à revoir ses méthodes et à trouver des partenaires de taille.
De son coté, Mamadou Sylla, ulcéré par le comportement de l’ex Secrétaire général de la présidence, se cherche. Ce dernier devenu ministre d’État chargé des affaires présidentielle, se croit en position de dauphin et affiche ses ambitions de ne pas y renoncer. Pour isoler le président de la République et l’avoir à sa merci, sa seconde cible, après le Premier ministre Cellou Dalein est, bien sûr, le président de la chambre de commerce Mamadou Sylla, l’homme d’affaire personnel du président de la République. Dans l’affrontement qui s’exacerbent en septembre 2006, Il est arrêté et astreint à rembourser la dette vis-à-vis du gouvernement. Le ministre d’État réussit même à obtenir le soutien du Fonds monétaire international (Fmi) et de la Banque mondiale pour faire évoluer, plus rapidement, le dossier contre lui.
Peine perdue. Lorsque le président de la République « ressent » l’absence de son ami, il procède personnellement à sa libération. L’on n’ose plus insister. Le dossier sombre dans l’oubli mais ressuscite un autre affrontement qui va ébranler le pouvoir en place. Si bien que … (Suite – Les revendications pour le changement-1.)