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Les revendications pour le changement – (suite 4)
Remis à flot par l’intervention publique du chef de l’État, Mamadou Sylla, assurément sur les injonctions de celui-ci, tente de contrôler le Pup. Il se heurte aux soubresauts de la guerre de préséance opposant depuis longtemps Aboubacar Somparé, président de l’Assemblée nationale à Sékou Konaté, alors Secrétaire général pour le contrôle du parti à travers leurs coordinations régionales respectives. Adversaires, les deux hommes collaborent pour lui faire un barrage … Cette autre affaire a suivi son cours …
L’affaiblissement continu des institutions nationales au profit des intrigues
pour le contrôle du pouvoir, fertilise (2004–2007) les crises socioéconomiques ; notamment la baisse du pouvoir d’achat et le ralentissement considérable
des activités économiques. À tel point que les syndicats et la société civile, accompagnés plus tard par certains partis politiques, vont descendre dans les rues pour faire valoir des
revendications en ferveur d’une meilleure gouvernance et un changement qualitatif dans l’ensemble de la vie des travailleurs. Cela signifiait le départ du Général Lansana conté du pouvoir.
Les populations, acculées à un appauvrissement perpétuel, leur apportent un soutien sans faille. La répression du pouvoir se réactive comme au cours des années passées. On décompte à la levée plus d’une centaine de morts et de blessés. Au sein du gouvernement, c’est le limogeage de Fodé Bangoura. Victime des intrigues pour le contrôle du pouvoir, il est accusé de complicité avec les syndicalistes. À sa place est appelé Eugène Camara, alors ministre du plan (19 janvier 2007).
Toutefois, les leadeurs syndicaux que sont Ibrahima Fofana, Secrétaire général de l’Union syndicale des travailleurs de Guinée (Ustg), Rabiatou Serah Diallo de la Confédération nationale des travailleurs de Guinée (Cntg), Louis MBemba du Syndical libre des enseignants et chercheurs de Guinée (Slecg) et Yamoudou Touré de l’Organisation nationale des syndicats libres de Guinée ont su mettre en place une intersyndicale pour coordonner leurs revendications.
Avec le développement du mouvement ils bénéficient, très tôt, du soutien du Conseil national des organisations de la société civile (Cnoscg) dont l’un des leadeurs, Naby Ibrahima Diakité, est décédé (en avril 2009) alors qu’il était au service de la transition démocratique. Ministre de la décentralisation il a eu la confiance de deux gouvernements successifs. Paix à son âme, et tous ceux qui sont tombés pour l’instauration de la Démocratie en Guinée.
Les intimidations et les menaces du pouvoir dont celles, personnelles, du président conté lui-même, n’ébranlent pas les leadeurs de la grève.
De janvier à février 2007,
des dizaines de personnes innocentes sont tuées lors des manifestations au cours de la grève syndicale élargie en revendications nationales pour la restauration de la bonne gouvernance et de
l’État de droits ensevelis sous la corruption. La communauté internationale est émut par les évènements en Guinée. Les nations Unies par la voix de son Secrétaire général Ban ki-moon déplore la
répression sanglante. L’Union africaine et l’Union européenne amènent la communauté internationale à tourner son regard sur la Guinée. Des sanctions sont envisagées contre le régime guinéen.
Pour les organisations de défense des droits de l’homme, il est question de crimes contre l’humanité mais il n’y a pas de poursuites juridiques internationales. L’Union africaine envoie l’ancien président nigérian, Ibrahima Babangida, et le président de la Commission de la Cedeao, Mohammed Ibn Chambas, comme médiateurs pour convaincre le président de la République de Guinée de répondre, favorablement, aux revendications nationales
Convaincu par Ibrahima Babangida ou contraint par l’ampleur des évènements. il accepte de signer une convention tripartite (27 janvier 2007) avec l’intersyndicale, précurseur de la grève, et la société civile. L’exigence fondamentale est la nomination d’un premier ministre désigné par l’intersyndicale et la société civile. L’objectif était de mettre à l’écart de la gestion des affaires publiques le président de la République et de trouver des solutions de sortie aux crises économique et politique.
L’on tente de le faire sans recours juridique. Le premier président de la Cour suprême, Me Lamine Sidimé jurant une fidélité et une reconnaissance indéfectible au Général Lansana Conté, n’envisageait absolument pas de déclarer son incapacité à diriger malgré les atermoiements dus à son état de santé.
Le Général Lansana Conté tente donc de biaiser en nommant un Premier ministre parmi ses fidèles. Ce fut Eugène Camara (9 février -26 février 2007), alors ministre du plan. La réaction de refus populaire impliquant les partis politiques avec les syndicats et la société civile est vive. Adepte connu du président de la République, l’homme est récusé.
La grève générale reprend et l’armée soutenant le pouvoir fait encore des morts. Mais Lansana Conté finit, sous la pression, par accepter de renégocier. Les négociations amènent à la désignation et la nomination de Lansana Kouyaté, diplomate guinéen, en service à l’Oif (Organisation internationale de la Francophonie). Il a été choisi parmi trois candidats potentiels par l’intersyndicale et la société civile.
Le nouveau Premier ministre louvoie et tente de jouer son propre jeu politique. Des mouvements de soutien en sa faveur naissent au niveau des jeunes alors que l’exécution du calendrier contenu dans sa lettre de mission retardait. L’intersyndicale et la société civile dénoncent son comportement. Le président de la République profite de leur contradiction pour le saquer sans autre forme de procès. « Je reprends les droits que la Constitution guinéenne me donne en tant que président de la République », dit-il. À juste raison.
La Constitution nationale d’alors donnait au président de la République tous les droits Nul n’avait pensé à réclamer des amendements adéquats au moment de la signature des accords.
Le 20 mai 2008, Ahmed Tidjane Souaré remplace le Premier ministre de la convention et du gouvernement d’ouverture mis en place. Un retour à la case départ. Le gouvernement ne réussit à attirer l’attention qu’à travers les péchés traditionnels qui minaient le pays et la nation de l’intérieur comme de l’extérieur : les détournements financiers et l’ethnostratégie politique. Les intrigues reprennent opposant le cercle de la présidence de la République au gouvernement sous la houlette de Ibrahima Keira, ancien ministre et beau frère par alliance du président de la République. Il est reconvertit pour occuper le poste de Secrétaire général de la présidence. Son passage y est caractérisé par des conflits d’attributions qui atteignent le public par le biais des médias.
Une fois de plus, c’est la navigation à vue jusqu’au décès du Général Lansana Conté, président de la République, le 22 décembre 2008. Dès le lendemain, la Guinée entre dans une autre phase de son histoire au cours de laquelle, les fautes de jugement, les adversités et les prises de position mettent l’avenir du pays dans l’incertitude.
Les faits en dates :
5 janvier 2005 : La Confédération nationale des travailleurs de Guinée (CNTG) et l’Union syndicale des travailleurs de Guinée (USTG) rassemblent leurs plateformes de revendication et créent une inter-centrale.
27 février 2006 : Les syndicats réunis au sein de l’inter-centrale lancent une grève. Les revendications portent notamment sur les salaires.
3 mars 2006 : Signature d’un accord après cinq jours de grève.
Avril 2006 : « Valse des décrets »
8 juin 2006 : Violation du protocole d’accord du 3 mars. Deuxième grève. Les forces de l’ordre tirent sur des groupes d’étudiants, faisant au moins 18 morts. Un accord est signé, mais la grève n’est que suspendue.
6 décembre 2006 : Arrestation de Mamadou Sylla et Fodé Soumah, hommes d’affaire proches de Lansana Conté.
16 décembre 2006 : Lansana Conté se rend lui-même à la prison et les fait libérer.
10 janvier 2007 : La grève générale illimitée contre la corruption et contre les abus de pouvoir de la présidence est déclenchée. Elle est très suivie dans la capitale, mais aussi dans certaines villes de province. Les syndicats exigent le remboursement des sommes dérobées à l’État, la baisse du prix de l’essence et d’autres biens de première nécessité, le retour en prison des deux hommes. Un contact est établi entre les syndicalistes et la présidence. L’idée d’un Premier ministre chef du gouvernement est lancée.
17 janvier 2007 : Le pouvoir cherche à contourner le processus de négociation, les syndicalistes lancent une marche vers l’Assemblée nationale. La police tire sur la foule. Les négociations sont rompues.
21 janvier 2007 : Reprise des négociations.
22 janvier 2007 : « Marche pacifique » organisée par les syndicats. La police tire, on dénombre au moins 30 morts. Plusieurs syndicalistes sont battus par les bérets rouges.
23 janvier 2007 : Reprise des négociations.
27 janvier 2007 : Signature d’un accord acceptant la nomination d’un Premier ministre chef de gouvernement. Mais Lansana Conté nomme un de ses proches, Eugène Camara. Grandes manifestations de protestation de la part de la population. Le mouvement dépasse l’envergure du mouvement syndical.
12 février 2007 : Lansana Conté décrète l’état d’urgence.
15 février 2007 : Reprise des contacts entre Rabiatou Serah Diallo et les autorités. Mais le blocage continue.
15-16 février : Sommet France-Afrique à Cannes.
17 février : Une délégation de la CEDEAO est chargée de favoriser le retour au calme en Guinée.
23 février 2007 : L’Assemblée nationale, pourtant largement acquise au camp présidentiel refuse de prolonger l’état d’urgence.
25 février 2007 : Réunion de conciliation sous l’égide de la CEDEAO, et signature d’un accord.
26 février 2007 : Lansana Conté nomme Lansana Kouyaté Premier ministre.
28 mars 2007 : Lansana Kouyaté donne la composition du nouveau gouvernement.
20 mai 2008 : Lansana Kouyaté est démis de ses fonctions par un décret du Général Lansana Conté.
23 mai 2008 : Ahmed Tidjane Souaré est nommé Premier ministre
22 décembre 2008 : Décès du Général Lansana Conté, président de la République depuis 1993.
Suite au décès du président de la République, Aboubacar Somparé, président de l’Assemblée nationale, a demandé officiellement au président de la Cour suprême de constater la vacance du pouvoir et de faire appliquer la Constitution.
Le président de la Cour suprême, Me Lamine Sidimé, refuse de le faire : le coup d’État du 23 décembre 2008 intervient empêchant la prise de fonction du président de l’Assemblée nationale pour conduire le pays aux élections, 60 jours suivants.