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INTRODUCTION- Mesdames et Messieurs, c’est avec un immense plaisir que j’ai accepté l’invitation de l’Association des Guinéens du Canada de venir discuter des problèmes qui assaillent la transition démocratique en Guinée.
Mesdames et messieurs, l’exposé que je présente en cette occasion vise à susciter la réflexion vers des propositions adéquates. C’est pourquoi, il comprend deux parties essentielles. La première partie est consacrée à la revue à mi-parcours, résumée, de la transition en Guinée (11 décembre 1990 au 23 décembre 2008). Parce que, non seulement les problèmes n’ont pas trouvé de solutions escomptés mais les enjeux restent les mêmes. La deuxième partie est une ébauche pouvant servir de guides à la formulation correcte des propositions.
PREMIÈRE PARTIE : I -
Problèmes et enjeux de la transition démocratique
Malgré les pesanteurs du Comité militaire de redressement national (Cmrn) au pouvoir en 1984, la mise en place des institutions démocratiques s’est faite, progressivement, en Guinée, sous la poussée des mouvements politiques, après le vote de la Loi fondamentale (déc.1990).
Un Comité transitoire de redressement national (Ctrn), crée en février 1991, en tant qu’organe paralégislatif d’exception, a présidé : à la légalisation des partis politiques dans un contexte de multipartisme intégral; la libéralisation de la presse (1992); la mise en place de la Cour suprême (1993); la création du Conseil National de la communication (Oct. 1993); la mise en place du Conseil économique et social; l’organisation des élections nationales (les présidentielles en décembre 1993 et les législatives en juin 1995).
La mise en place de l’Assemblée nationale (aout 1995) semblait clôturer la phase institutionnelle de la transition démocratique. Conséquemment, la phase de mise en pratique des principes démocratiques s’annonçait d’elle-même. Plusieurs facteurs se sont alliés pour constituer un obstacle à la poursuite de cette transition démocratique au fil des années. Ce sont :
I.1. Le dépérissement des institutions démocratiques et la confiscation du pouvoir
I.2. L’affaiblissement des partis politiques
I.3. Le caractère ethnocentrique des partis politiques
I.4. La « balkanisation » des partis politiques.
I.5. L’absence de projets de société au niveau des partis politiques
I.6. Le mode de représentativité à l’Assemblée nationale
I.7. La faiblesse du «parti politique au pouvoir » à imposer la bonne gouvernance
1.8. La corruption de l’administration nationale
1.9. La régression économique, les crises sociales et les crises sociopolitiques
1.10. L’affaiblissement de l’autorité de l’État
En conséquence, l’héritage du régime précédent comprend : des institutions à restaurer, une économie à rebâtir complètement et une nation à libérer de son nouveau colonialisme : l’ethnocentrisme politique. Voici certains des enjeux essentiels qui sont des défis à relever.
L’affaiblissement des institutions républicaines et étatiques a entrainé, encore une fois, la prise du pouvoir par l’armée, le 23 décembre 2008, à la faveur de la mort du président de la République, feu le Général Lansana Conté. Tous les guinéens et toutes les guinéennes ont dû se poser au moins deux questions : Que devons-nous faire ? Que pouvons-nous faire ?
En face d’une prise de pouvoir par la force, il est de coutume de voir les populations suivre et soutenir ce qui est illégal pour des raisons tout à fait légitimes, peut-on dire.
Cependant, Mesdames et Messieurs, il y a un danger sérieux qui plane. Celui d’entretenir, en Guinée, la prise du pouvoir par la force à la place de la gestion du pouvoir par les moyens légaux pour assurer et entretenir la Démocratie et l’alternance au pouvoir. Heureusement que le Cndd semble en avoir une conscience aigue.
Ceci dit, mesdames et messieurs, il me semble qu’il ne soit pas difficile de faire un choix entre le pouvoir détenu par la force et le processus légal qui autorise à gouverner un pays. Même si des raisons spécifiques peuvent être évoquées pour expliquer l’intervention militaire, il va sans dire que les raisons en question ont existé du fait d’un disfonctionnement de l’ensemble des structures institutionnelles.
L’interrogation pertinente est : faut-il vivre avec le disfonctionnement et le soutenir ? En vérité, il faut s’en préoccuper pour qu’à l’avenir, la Guinée évite ce genre de « rupture historique ».
II.1. Les bases de relance de la transition démocratique en Guinée
Nous en venons à la problématique la plus importante, qui est l’objet de notre rencontre : Que pouvons-nous apporter – actuellement - à la Guinée pour sa stabilité? Il ne saurait être question de mesures éphémères et sans lendemain.
Pour y répondre, donc, il est important que chacun se remémore les raisons qui l’ont poussé à l’exil, les raisons qui l’ont amené au choix de vivre en dehors de la Guinée. Quelques soient nos formulations et l’éloquence avec laquelle on le fait, il est difficile d’échapper à un dénominateur commun qui est : le manque.
Ce manque existe dans tous les aspects de la vie économique et politique et conditionnent la vie sociale. Nous savons que s’il y a un processus d’élimination de ces manques, beaucoup d’entre nous retourneraient en Guinée ou y investiraient en collaboration avec le pays d’accueil. En majorité les pays d’accueil des guinéens sont des pays à structures démocratiques avancées qui ont permis à plusieurs d’entre nous de vivre, décemment, dans un espace de libertés politique et économique. C’est ce que nous souhaitons pour notre pays. Nous ne pouvons donc recommander autre chose.
Quelles options avons-nous ?
Le coup d’État du 23 décembre a fait l’objet de condamnations diverses de la part de la communauté internationale. L’Union africaine, la Cedeao, l’Union européenne et plusieurs pays influents dans l’économie mondiale ont adressé au Conseil national pour la démocratie et le développement (Cndd), au pouvoir, des messages dans le sens du retour à la légalité constitutionnelle.
Dans cette perspective, les négociations ouvertes avec l’Union Européenne, notamment, ont abouti à une plateforme et un calendrier d’actions.
En examinant la feuille de route issue des assises de Bruxelles, publiée le 28 mars 2009, il est facile de constater, après la mise en place du Conseil National de Transition (27 avril 2009) que la grande priorité est accordée à l’organisation des élections nationales comme gage du retour à l’ordre constitutionnel : les législatives, le 11 octobre 2009 et les présidentielles, les 13 et 27 décembre 2009.
Encore une interrogation : à quel ordre constitutionnel fait-on référence?
La Constitution de décembre 1990 est une constitution de type présidentielle primaire qui, nous y avons assisté de près ou de loin, favorise la confiscation du pouvoir sous des dehors légalistes. Cette Loi Fondamentale a été révisée en 2001 pour prolonger le pouvoir du président de la République défunt. Doit-elle être la charpente des élections futures et orienter les nouveaux élus à la tête du pays?
Bien que la feuille de route de Bruxelles implique le toilettage des textes institutionnels et de la Constitution, il n’existe pas de calendrier prévoyant l’adoption d’une nouvelle constitution avant les élections. Or, par définition « …La constitution se situe au sommet du système juridique de l'État dont elle est le principe suprême. Toutes les lois, décrets, arrêtés et traités internationaux doivent être conformes aux règles qu'elle définit. Elle peut prendre la forme d'un texte unique ou d'un ensemble de lois ».
Mesdames et messieurs, ces éléments nous permettent de faire au Conseil national de Transition et au Cndd des propositions qui ont pour objectifs de projeter à travers la transition un meilleur avenir politique et économique en Guinée.
Sur le plan politique et institutionnel, il serait judicieux de partir des priorités suivantes :
En renforçant – à travers le Conseil national de transition - les capacités institutionnelles de la Guinée, le Cndd donnera au pays la charpente nécessaire à une transformation qualitative bénéfique pour tous au cours des années à venir.
Mesdames et messieurs,
Avant de conclure, je voudrais remercier les autorités militaires au pouvoir qui ont élargi la consultation sur le devenir de la Guinée aux guinéens qui sont à l’extérieur. C’est, certainement, l’Occasion de saluer les efforts, soutenus dans ce sens, de la représentation diplomatique guinéenne au Canada.
Enfin, mesdames et messieurs, depuis la prise du pouvoir, le Cndd et son président ont démontré leur volonté de lutter contre la corruption et les narcotrafiquants. Ces efforts sont louables et devront être poursuivis – au cours de la transition - avec l’objectif de liquidation de l’ensemble du système de gestion et d’administration qui a généré ces maux.
Je voudrais, également, remercier l’Association des Guinéens du Canada pour m’avoir honoré de l’invitation à ce forum où, j’ai l’intime conviction, de participer à un débat chaleureux et constructif.
Je profite de l’occasion pour remercier, principalement, Dr Youssouf Boundou Sylla de Guinéenews, qui, après m’avoir aidé à publier le livre « Guinée-Chronique d’une Démocratie annoncée » m’offre l’opportunité, en m’introduisant auprès de l’AGC, de bénéficier des leçons d’une concertation élargie sur le sujet. Je vous remercie de votre attention.