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Mercredi 25 novembre 2009 3 25 /11 /2009 18:16

En définitive, le médiateur de la Cedeao n’a pas compris de quoi il s’agit.

  Qu’attendait-on du négociateur qui a réussi un partage du pouvoir entre rebelles et légalistes au pouvoir en Cote d’Ivoire ? Qu’espérait-on de celui qui a trouvé le moyen de faire légaliser une succession dynastique au Togo ? Enfin pourquoi a t-on cru que le Moro-Naba militaire, au pouvoir par la force des armes, dirait à ses apologètes « ne faites pas comme moi » ?

Le président du Burkina Faso a fait ce qu’il sait faire le mieux : faire accepter le partage du pouvoir par les parties en présence sur la base des rapports de force, et surtout de la capacité de force de frappe immédiate. Ce n’est pas le moment de s’en prendre au médiateur de la Cedeao. Il a fait son devoir en fonction de ses convictions sur la gestion du pouvoir. Il fait partie de ceux qui sont convaincus que l’Afrique n’a pas besoin de Démocratie importée. Simplement, parce qu’ils sont passés à travers les mailles du filet et ont réussi à se faire reconnaitre et admettre par la communauté africaine et internationale, après avoir accédé par la force au pouvoir. Pourquoi suivrait-il les édits de la communauté africaine et internationale qui n’a su ni voulu lui infliger une punition en son temps.

Ces dernières (la communauté africaine et internationale) vivent toujours les conséquences de la même faute qu’elles commettent à répétition : oublier rapidement le mode d’arrivée au pouvoir pour considérer le nombre d’années au pouvoir comme une absolution et un acquis des règles de la Démocratie. C’est ainsi que le président du Burkina Faso a été fait et encensé au point d’être désigné à gérer une crise politique de transition démocratique. Un bat qui blesse là. Il n’est excellent que pour les solutions de compromis.

À partir des exemples criards de présidents de la République imposés à la Démocratie bon gré mal gré, l’Afrique et la communauté internationale devront prendre des mesures définitives. Pour mettre fin aux coups de force comme moyens politiques, il leur faudra avoir la mémoire longue et récuser ceux q1ui l’ont fait aussi longtemps qu’ils sont au pouvoir. En les rétablissant au fil des années, on les retrouve parmi ceux qui ont fait l’objet de choix libre, non de choix fatidique, imposé.

Aujourd’hui, ce n’est pas sa faute si le président du Burkina Faso ne peut pas lire entre les lignes et comprendre qu’il ne s’agit- en priorité - ni de Dadis et consorts ni de donner le pouvoir à des personnalités au sein du forum des forces vives de Guinée. Il s’agit de sortir la République de Guinée du processus de successions militaires afin qu’elle poursuive son processus démocratique. Soyons clair à ce propos également pour éviter de pêcher en eau trouble. Ce processus avait démarré, en 1992, avec ses institutions d’accompagnement avant de s’embourber dans les méandres de confiscation du pouvoir par le Général Lansana Conté. Il faut le poursuivre pour éviter des pertes de temps inutiles favorables à l’insertion d’individualités vainement ambitieuses. Ne recommençons pas toujours à zéro !

Pour ceux qui veulent mieux comprendre, voici comment le médiateur de la Cedeao a analysé et perçu le problème guinéen : « Dans la lutte de succession au président Lansana Conté, l’armée a pris en premier le pouvoir le 23 décembre 2008 à la b arbe des barons en quête d’influence (logique selon lui !). Cette armée dirigée par le jeune Dadis bénéficie, de la « confiance » des milieux politiques et syndicaux ainsi que de la société civile (de mieux en mieux !). Chacun croyant que la prise de pouvoir par l’armée débarrassait des adversaires politiques de premier plan (A. Somparé et le Pup, le parti qui soutenait les actions du gouvernement sous la deuxième République ?). Mais les manœuvres incontrôlées du jeune Dadis (en quête d »images Tv par shows populistes interposés) font qu’on le soupçonne de s’installer au pouvoir après avoir affirmé le contraire pour se faire accepter (la tricherie mal façonnée !). Choqués, les autres parties prétendantes se liguent pour protester. Dadis et son armée sévissent de la manière la plus indécente possible (l’holocauste du 28 septembre 2009). Soit. Mais les «gars» sont au pouvoir et cela compte, raisonne le médiateur en toute honnêteté et en bon conquistador. Donc, même si c’est illégal selon certains paramètres, il suffit de savoir faire une répartition dosée des clefs du pouvoir pour que tout soit dit. De surcroit Dadis et le Cndd lui ont fait croire que les autres en face veulent simplement un accès à des leviers du pouvoir (erreur de jugement ?). »

Là-dessus et malheureusement, le médiateur de la Cedeao produit son rapport de synthèse et ses propositions sur ces bases erronées. Tenant, également, pour accompli la conquête du pouvoir par l’armée (comme dans son cas). C’est pourquoi, il fut tout étonné de la réaction des forces vives auxquelles il offrira de la renégociation. (Peine aléatoire ?)

Tout cela parce que cette crise n’a jamais eu le nom et le label qu’il fallait pour élaborer un contenu global : Mettre fin aux régimes militaristes en Guinée. En somme, et clairement, les questions à résoudre dans la négociation de la crise guinéenne sont : comment retirer à l’armée guinéenne, le pouvoir qu’ils ont pris par la force, le 23 décembre 2008 ? Quelles sont les étapes à suivre pour faire en sorte que le peuple de Guinée puisse décider de ceux qui doivent présider à son destin, mandat par mandat ? Et la question subsidiaire : Comment faire comprendre à l’armée guinéenne son tort en lui assurant un honorable retour en caserne ? Voilà sur quoi le médiateur devrait plancher.

L’on ne semble pas y prêter attention ou bien certains croient que la solution guinéenne viendra des « élites » qui représentent ceux-ci ou ceux-là. Les propositions sur le net font légions.

Dans l’ensemble, tout le monde exclut la participation des populations guinéennes. Mais lorsque les rounds se seront transformés en pugilats et qu’il n’y aurait plus personne autour de la table, l’ultime recours sera ce peuple. Soit pour des marches de protestations et des revendications de rue soit pour voter.

Pourquoi ne pas anticiper en permettant au peuple de Guinée de mettre fin à cette crise en «Sisyphe» par un référendum de qualité et de confiance autour de ce qu’on appelle dans les propositions du médiateur « des personnalités compétentes, intègres et de bonne moralité »? Quels seront les critères acceptables par tous les prétendants, pour trouver ces hommes ? En refusant de recourir au jugement du peuple (Chers Jeunes Hégéliens), apprêtons-nous à vivre la troisième dimension du calvaire guinéen.
O. Tity Faye, journaliste indépendant.

 

 

Par O. Tity Faye - Publié dans : Politique - Communauté : POUR L'AFRIQUE
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