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La consommation culturelle africaine dans l’universalisme culturel-Partie 3
En voulant admettre l'existence d'une culture média commune - dans le cadre du village planétaire que le monde est devenu- il convient de se demander, ce que serait cette culture par rapport à l'universalisme de la culture dans la société modeme?
Une interrogation qui amène des interrogations-jalons: les médias ont-ils le même impact sur la vie des sociétés de consommation que sur celle des sociétés à la périphérie de la consommation industrielle, les économies à faible productivité industrielle? Les questions valent, précisément, dans la détermination des critères pour parler de culture de masse inculquée par les médias.
S’agit-il d’une culture de masse ou d’une culture intermédiaire adoptée à travers les médias par les cultures traditionnelles?
Des paramètres sont nécessaires. Pour une des alternatives, il faut qu'il soit d’abord admis que les médias influencent toutes les sociétés de façon identique, que les supports de communication sont utilisés de la même manière pour un même but et que les modes de consommation et d'interprétation de ce qu'ils diffusent sont identiques. Pourtant, ce sont des critères qui peuvent se relativiser. En d'autres termes, le débat vaut son pesant dans chaque situation. D'autant que l'Afrique n'est pas épargnée de "l'opium" média et de la verve de consommation industrielle qu'il distille.
En partant d’une étude de cas, sommaire, les questions soulevées sont : l'Afrique -encore victime de ses propres ironies - est-elle acculée à faire son "ajustement culturel" en même temps que « l’ajustement structurel »? L’Afrique est-elle adepte du pèlerinage de la consommation culturelle industrielle? Ce débat, apparemment universitaire, ne talonne pas moins le quotidien.
D'un pays à l'autre, la culture se caractérise par la diversité et l’identité culturelles et consacre les différences, en même temps. Ainsi chaque culture en soi se particularise à partir d'une dynamique propre et s'identifie à des hommes dans un environnement social spécifique. Cette identité culturelle permet de distinguer une population d'une autre, une société d'une autre. Mais tout comme l'individu vit dans des rapports de réciprocité au sein de la société, aucune société ne peut se développer - convenablement - en autarcie sociale, économique ou politique.
C'est ainsi que dans les relations qu'elles établissent entre elles, les sociétés enrichissent leurs cultures respectives d'emprunts divers. Ces emprunts culturels, à la longue, se modifient, se confondent aux particularités, les généralisent ou les phagocytent. Mais, en tout cas, ils finissent par passer inaperçus. De ces échanges culturels découlent un nouveau fond commun à plusieurs cultures.
Dans un tel dilemme, le débat se rapproche, dangereusement, de l’apologie des clichés et des stéréotypes.
En effet, les considérations concernent des caractéristiques communes. Les mêmes traits socioculturels, voire anatomiques, peuvent se retrouver chez des Africains de régions différentes. Ce qui amène à les grouper sous le nom commun « d’Africain ». Des identités perceptibles aussi dans la structure du mode de pensée dépendant d'un environnement ayant les mêmes influences. Ainsi certaines expressions, plus ou moins contestées selon les positions ethnosociologiques et politiques, sont nées pour designer « la mentalité africaine » ou encore « la danse africaine ». Signifiant ce qui est propre aux Africains, qui leur est commun au sens générique. Une règle qui s'applique aussi bien sous tous les horizons.
Ces expressions qui ont servi à ressortir la marque distinctive entre civilisations, entre cultures ont malheureusement abouti à des clichés et stéréotypes erronés. Mais au fil du développement des sociétés, les distinctions de cet ordre ont de plus en plus tendance à être floues, si l’on occulte les discriminations d'ordre épidermique. En effet, quelques décennies après la fin des empires coloniaux, « la mentalité occidentale », à l’ opposé du « profit psychologique de l'africain », ne servait plus à identifier le comportement codifié à partir d'un mode de pensée.
La « mentalité occidentale » est désormais assortie au degré d'accès à la consommation industrielle et au choix de vivre selon ses paramètres. Elle définit, de nos jours, un modèle de comportement, d'attitude, qui oblitère, partiellement ou totalement, la tradition culturelle. Particulièrement, en Afrique, et au niveau de la sociabilité, il s'agit déjà d'une position critique à l'égard de la famille élargie au profit de la famille nucléaire: se libérer des contraintes traditionnelles, privilégier la vie de couple par exemple ou tout simplement accorder une grande place à la lecture. Toute chose dont la finalité est « l'individualisation » d'une grande partie de sa vie par rapport à la société.
Et, parallèlement, l'élargissement des capacités de consommation industrielle au détriment d'une répartition de caractère communautariste sous forme de solidarités inconditionnelles. Ce phénomène - d'imitation -n'est donc pas nouveau. II fut connu sous les appellations de « complexe du colonisé » ou de « réflexe du colonisé » pendant et après le système colonial. Le terme désignait alors la minorité de "privilégiés" ayant eu accès à l'enseignement laïc : Anciens élèves de William Ponty par exemple, en Afrique occidentale, ancienne colonie française et d'autres écoles.
Des écoles avec des programmes caractérisés par l'assimilation culturelle dépositaire des modèles européens. Ou encore les anciens combattants des deux guerres mondiales qu'ont été les vieux « Tirailleurs sénégalais » par exemple. Une génération dont les survivants ne manquèrent pas de reproduire leurs anciens modèles d'identification, en projetant leur vie dans un univers différent en mimant ses modèles.
O. Tity Faye. Journaliste indépendant.