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  • : O. Tity Faye
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  • : Je suis journaliste, auteur, et enseignant.J'aime les analyses et débats touchant à la politique et l'économie autant que les philosophies, mythes, religions et croyances anciennes. Auteur : Guinée-Chronique d'une Démocratie Annoncée.

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Dimanche 29 novembre 2009 7 29 /11 /2009 19:40

Vivons-nous au rythme de l’évènement-média vecteur de transferts et d’échanges culturels ? - Partie 4.

Avec les indépendances en Afrique, les Révolutions manquées ou stagnantes, les périphéries capitalistes en mal de démocratie réelle et maintenant la monopolarisation de la Démocratie libérale, le phénomène de l'imitation continue. Non plus à partir du modèle vivant du colon paternaliste-civilisateur, mais grâce au développement des moyens de communication ; surtout les média de masse dont la Radio et la Télévision, le cinéma, les journaux mais aussi la vidéo et les systèmes télématiques dont l’explosion de l’Internet.

Dans les pays, comme la Guinée, où l'audiovisuel relevait du domaine public de l'État jusqu’après les années 2000, au moins 60% des 23% d'alphabétisés lisaient les périodiques français ou écoutaient la BBC, Voice of America, Radio France Internationale (RFI) et Africa N°1. Le journal télévisé national n'était « valable » qu'avec l'insertion de parties de reportages de TF1, France2 et 3 compilés sur CFI et Canal Horizons ou autres réseaux mondiaux. Mieux, la grande partie des documentaires de tous genres étaient des produits de Transtel Cologne et des Tv mondiales. Les mêmes téléfilms américains ou films pour salle qui passent en France et aux États-Unis sont légions en Afrique.

Encore mieux, la Télévision transnationale, confirmée par les antennes paraboliques, recule, facilement, les frontières de la communication nationale déjà en filigrane depuis longtemps. En fait, les mêmes images alimentent l’imagination. Il n'est pas exagéré de dire qu'on vit au rythme de l'évènement-média, vecteur de transferts et d'échanges culturels. À la fin des années "90", Internet, réseau de transmission de données par ordinateur s'étend sur toutes les régions du monde en créant « les autoroutes de l'information ».La légitime recherche du bienêtre par l'industrialisation, suivant les modèles que présentent les médias qui s'ensuivent, qu'ils passent ou non par les canaux de projection et d'identification, sont à l'origine d'une certaine civilisation universelle dépendant d'une culture dotée de constituantes communes. Il reste que les constituantes peuvent être diversement perçues et diversement consommées de région en région.

L'autre aspect - dérivatif - de la diversité du mode de consommation culturelle par les médias est l'analphabétisme. Ce qui ne semble, pourtant, pas limitatif.

L’analphabétisme pourrait ne pas être forcément une tare dans l’industrie culturelle. Serait-ce un autre regard sur le mode de consommation culturelle imposé par les médias, une autre perception de la culture ?

L'analphabétisme est à l'origine d'une autre manière de consommer la culture industrielle. Dans la consommation culturelle par les médias, cet analphabétisme peut être autant un danger qu'un regard différent. Dans la couche des « instruits », une certaine perception amène à faire un choix de modèles d'identification reproduits dans la presse ou dans l'audiovisuel. Les analphabètes se retrouvent souvent dans des travers d'imitation. Ne pouvant dissocier le contenu du contenant ou choisissant l'un en excluant l'autre. Il est, par exemple, courant de voir des adolescents, analphabètes, venus des centres ruraux utiliser la violence à la Rambo - après avoir vu les films -sans se préoccuper de ce que fut la guerre du Viêt-Nam. Ou bien faire du Mad Max dans une ville régie par des lois de la circulation

De même, pour les jeunes étudiants, l'hypostase du sexe et d'une vie de luxe par les stars européennes et américaines du cinéma, du Showbiz avec leurs vices intégrés, sont des références. Les fonctionnaires, malgré des salaires insuffisants et les difficultés économiques, tentent: de refaire les « sulfureuses soirées d'Hollywood » ou le « Paris by Night ». Ce qui les conduit sur les chemins du détournement de deniers publics ou la corruption. La vie des hommes d'affaire que distille Paris-Match ou le Wall street journal sont aussi des modèles accessibles. Cette « élite »constitue pour les analphabètes des centres urbains et les ruraux des modèles d'imitation dans la consommation industrielle. Dans l'ensemble, au plan sociologique et économique, il existe une structure hybride avec deux aspects.

Un aspect de consommation factice qui repose sur la seule imitation, faute d'expansion
industrielle. Elle se traduit en consommation importée sans correspondance avec la reproduction économique des pays à économie faible.

Un aspect traditionnel déjà modifié depuis les premiers contacts avec l'Islam, l'Europe et le Christianisme. La culture classique, culture de l'oralité en Afrique, celle qui contenait les mœurs et coutumes avec leur cosmogonie est en partie arabisée et européanisée respectivement par l'Islam et le Christianisme dans beaucoup de pays africains, comme en Guinée.

À présent, les cultures classiques Africaines subissent les assauts permanents de la culture de consommation industrielle par médias interposés. Il en résulte un syncrétisme culturel dans laquelle on ne peut nier les apports des cultures traditionnelles. Par exemple, les apports extérieurs contribuent à faire de la musique américaine la plus accueillie.

Cependant, l'aspect le plus important concerne plutôt les processus mythologiques. C'est à dire le passage des mythologies classiques religieuses cosmogoniques, (et celles des religions révélées), de la sphère de consommation culturelle à la mythologie de l'industrie culturelle dominée par les processus de l'imitation et de la projection. Cette nouvelle mythologie est d'autant incomplète dans les pays africains que la production culturelle industrielle reste une conception extérieure.

Surtout que les apports culturels en modifiant le comportement individuel, le jeu de sociabilité, n'ont pas abouti au développement qui aurait servi de tremplin à une production industrielle in situ. Il y a donc un déséquilibre entre la nouvelle perception culturelle, les données de l'industrie culturelle d'importation et les réalisations économiques. Vu sous cet angle, le processus culturel devient complexe.

Comment interpréter, désormais, suivant une logique propre à chacun, la culture industrielle et la culture traditionnelle classique influencée ou non par les religions? Leur dissociation pose un problème avec la crainte d'une déperdition. À l'évidence, on les retrouve en synthèse chez la plupart des personnes « instruites ». Alors que chez les « analphabètes » de l'école laïque, la culture traditionnelle classique, imbriquée dans la culture religieuse occupe une place charnière. Même si les nécessités de la vie économique et politique tendent vers une prépondérance de la culture industrielle.

La problématique ne saurait se concevoir en termes d'inculpation pour délit d'invasion culturelle d'une civilisation de « qualité supérieure ». Il s’agit de technologie. .Malgré des réminiscences pernicieuses, cette période est révolue » En fait, si I’ Afrique et les autres régions du « Tiers-monde » avaient connu un plus grand développement industriel, nul doute que le désir d'expansion se serait fait sentir. Et le flux culturel aurait pu s'inverser. Il y aurait, certainement eu un équilibre si le niveau de développement avait été le même.  C'est dire que le détenteur des moyens de communication et d'information est le principal facteur d'orientation du « transfert culturel ».

Il ne faut d'ailleurs pas minimiser les « transferts » -voulues ou obligatoires de constituants culturels de l'Afrique vers les Amériques et l’Europe. On peut citer les cas de la musique et des Arts, de nombreux travaux qui ont enrichi l'industrie culturelle et reviennent- en feedback par les médias. Ce qui pourrait être un avantage, c’est la participation à la réalisation des moyens et au choix des méthodes de diffusion de la culture. Peut-on trancher en concluant sur l'existence ou non d'une culture des média ou tenir compte d'une hiérarchisation de la perception de l'industrie culturelle?

O. Tity Faye. Journaliste indépendant.

Par O. Tity Faye - Publié dans : Culture - Communauté : POUR L'AFRIQUE
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