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Mardi 9 février 2010 2 09 /02 /Fév /2010 19:49

Par  Oumou Tata Fofana.
 

« Oumou Tata, tu exagères. Ne me dis pas que ce gars-là. Se promène encore en avion avec celui qu’on appelle le « Nouvel homme fort du pays ». Je l’appelle  moi, « le révolutionnaire à la vareuse vert de gris ».

Cinq mois que ma seconde moitié, Ansou vivait dans une tranquillité nirvanique avec une joie quasi-charnelle reconnaissable à sa façon de savourer les nouvelles politiques. Ils me les expliquaient avec un bonheur tout nouveau. D’autant plus que mes réponses évasives et mes questions lui donnaient l’impression  d’être redevenu le maitre de maison. Ne l’interpréter pas dans le mauvais sens. Je ne suis pas une peste de femme qui en fait voir de toutes les couleurs à son mari. Je suis africaine et il a, bien sûr, ses domaines de décrets et d’ordonnances. Même s’ils sont de plus en plus insipides parce qu’ils s’embrouillent là-dedans.

Les décrets s’inscrivent dans une logique de gestion de la maison. Pourvu que la proposition soit raisonnable, pourquoi irai-je chercher des noises inutilement? Mais les ordonnances qui ont un relent de dictature tyrannique passent rarement. Les quelques unes qui passent sont remises en question plus tard. D’une façon ou d’une autre. Question de l’égalité ou de légitimité. L’une ou l’autre, pourvu qu’on sorte de la déraison. Alors, il s’empêtre mon cher époux à essayer d’éviter les remises en questions. Du casse-tête chinois pour un mari africain.

Bref, l’absence de Yarie me pesait et j’avais du mal à parler politique avec qui que ce soit; mon Ansou inclus. Chers lecteurs, je vous prie de ne jamais lui parler de cela. Mieux vaut qu’il continue à accuser Yarie d’être ma monitrice politique. Vous vous étonnez ? Sachez que mon Ansou a des vues politiques un peu  … disons … à coté de la plaque. Il n’en a aucune conscience et se prend plutôt pour un érudit en la matière. Simplement parce qu’il s’est envoyé l’ordonnance – Oh combien contestable – d’être le lecteur de journaux, juste pour commenter les informations à sa femme qui – je suis humble – est ingénieur. Les hommes! Que ne feront-il pas pour la gloire de leur pathétique patriarcat. Soyons raisonnable. Avec mon niveau de formation ne pourrais-je pas lire mon journal toute seule? Sans cerbère?

Enfin le décor est planté puisque vous avez compris que Yarie est de retour de voyage. Le cœur contrit, Ansou ne pouvait contre mauvaise fortune qu’utiliser le même cœur pour se montrer bon. De toute façon Yarie est ineffaçable et il le sait.

Sans un regard pour Ansou dont le regard me disait de revenir à mon attitude des derniers mois, je répondis : «Oui ma chère. Il parait qu’ils ont fait ensemble un bout d’école avant que l’autre s’envole pour la France où il aurait, dit-il lui-même, poursuivi ses études. Avant de revenir en Guinée. » Candide, Yarie repartit. « Bon! C’est une vie normale ça. On va à l’école ensemble et à partir des grandes classes, les séparations s’imposent. » Une ombre de tristesse couvrit son visage. Avec une voix enrouée, elle poursuivit. « Tu connais ma triste histoire d’amour avec Fodé. De l’Union soviétique, il s’est retrouvé en France. J’ai encore sa lettre m’informant de ne plus l’attendre après dix ans. Bon je fais grandir nos deux enfants et voilà. » Il restait plus qu’à bruler l’encens …

Je connaissais ces moments de faiblesse de mon amie et le refrain. Il ne faut surtout pas s’apitoyer. On aurait pour une semaine d’hystérie et de discours sur les relations dialectiques entre l’amour, la haine et la trahison pour le triomphe inévitable de l’amour. Elle aimait toujours Fodé et l’aimera toujours. Un point c’est tout. Ça ne s’explique pas. Alors je continuais, en faisant semblant d’ignorer sa digression émotionnelle. « Ma chère Yarie, c’est vrai ce que tu dis. Mais quand le collègue de promotion, qui se veut aujourd’hui, Conseiller du Général Sékouba Konaté, est revenu en Guinée, il a occupé des fonctions importantes de Chef de cabinet à ministre pendant des années. On a jamais vu son ancien collègue de promotion Sékouba Konaté à ses cotés. Un militaire aurait été visible dans son entourage, non?.»

À mon grand soulagement, Yarie réussit à sortir de ses amers souvenirs. « Ça, dit-elle, c’est très bizarre. Peut-être qu’ils se fréquentaient d’une façon ou d’une autre. Tu sais il y avait des militaires qui assuraient la sécurité des ministres. C’était un privilège. Il a dû l’aider à obtenir une affectation pareille.» C’était un bon point si cela s’avérait juste mais n’autorise en rien de sacrifier la transition démocratique d’un pays sur des souvenirs scolaires.

Je relevais donc. Incisive. « Soit. Admettons que cela fut. Dis-moi que je suis de mauvaise foi. Mais le Général Sékouba Konaté sait que ce gars n’a pas de crédit populaire. Partout sa gestion fut décriée et il fut l’un des ministres que les populations ont le plus rejeté. Qu’il sache aussi que son parcourt indique qu’il est un mercenaire gouvernemental sans foi ni fidélité à quelqu’un ou à une cause». Yarie se mit à rire à gorge déployée.

Ansou, lui, avait plutôt été dérangé part mon néologisme. Il se leva de la table de travail où il faisait semblant de finir un rapport. « Où vas-tu prendre une expression pareille Oumou? » Je n’eus pas le temps de réagir. Yarie le fit à ma place avec un sarcasme que je faillis applaudir.

« Dans le dictionnaire des néologismes à forger. Dit-elle. Tu ne le sais pas Ansou. Ce n’est pas ton domaine. Il existe un dictionnaire dans lequel les néologismes sont regroupés, le temps que l’Académie française décide de les autoriser dans le Larousse ou le Petit Robert. »

« Qu’est-ce qu’elle insinue » gronda Ansou en me prenant à témoin. Je haussais les épaules. Mon amie continua impassiblement. « Ça veut dire que toute personne parlant français peut, en respectant les règles du maintien de la racine du mot, le transformer pour désigner une réalité, une chose, un objet hors du commun. Si le sens donné est accepté par une grande partie de personnes alors l’Académie pourrait l’adopter au fil du temps. C’est le cas des africanismes comme  « cola », « Coco », « taxi-brousse » ou simplement « weekend » en anglais ou en Français même « courriel» qui est une contraction de courrier électronique.

Mon mari haussa la tête impressionné mais pas convaincu. « Des abréviations. » murmura t-il. Yarie l’assomma, tranquillement. « Non. Les abréviations utilisent, en priorité,  les premières lettres des mots. Une contraction se fait en choisissant les syllabes sonores et faciles à prononcer de deux ou plusieurs mots pour former un nouveau mot significatif. Maintenant, si tu as pu comprendre va t’assoir et finis ton rapport, cher époux de nos cœurs. »

Je dus m’engouffrer dans la cuisine pour ne pas éclater de rire devant le visage tourmenté de mon cher Ansou. Non seulement, il ne la croyait pas mais le plus dur est qu’il ne savait vraiment pas si c’était vrai ou pas. Plein de ressources, il trouva le moyen de se relever après le coup de massue de Yarie. Ce fut époustouflant.

« D’accord pour le moment – déclara t-il. Mais, non seulement vous allez devoir m’expliquer l’expression mais je tiens à ce que vous sachiez que le Monsieur dont il est question n’est pas le seul à blâmer. Aujourd’hui, autour du Général Konaté, il y a une kyrielle d’anciens camarades d’école qui font des réunions ici et là. Ils ont acquis une énorme influence parce qu’ils sont à « tu » et à « toi » avec le remplaçant du capitaine Dadis Camara. En fait de nouveau système, c’est l’ancien même qui risque d’être reconduit avec la prévalence des cercles du pouvoir et on aura une guerre de barons comme en 2007 et 2008. »

Maintenant, chers lecteurs, vous pouvez sortir vos clichés sur la femme africaine instruite qui accuse son mari de tous les maux. On va le permettre pour cinq bonnes minutes. En effet, l’analyse de mon mari est splendide de logique. Je m’excuse de ce que j’ai dit de lui dans les premières lignes. Mais parfois, avec lui, il y a comme une impression … Enfin! Il a mis dans le mille!

Il y a une spécialité que tous les guinéens maitrisent de nos jours : « Donner des conseils ». Tout le monde possède un Doctorat-es-Conseil en Illusion de Gouvernance. C’est une spécialité qui consiste à faire semblant de faire pour s’enrichir sur le dos du peuple. Mais il y a des critères. Il faut avoir une connaissance qui ait obtenu un pouvoir de gestion ou de décision. Ceux qui ont occupé des positions administrative et ministérielle  sont admis sans dossier.

Du coup, « les conseillers » deviennent des spécialistes dans de multiples domaines. Cela n’a rien à voir avec l’instruction scolaire et universitaire. «Les conseillers » connaissent de quoi il s’agit! « Oublie ton diplôme, je te dis – haranguent-ils affectueusement –Il faut se méfier de ces gens-là. Quand j’étais Chef de cabinet, il a fallu faire ceci et cela pour les bloquer. Je te dis.» Et quand on leur demande, si le travail a été accompli au prix de l’élimination de « ces gens-là », ils rétorquent, grognons : « la question n’était pas là. Toi, il faut que tu te méfies. C’est très important. « Nous » devons conserver ce poste. C’est pourquoi je dois rester à tes cotés pour te le rappeler…. Mais n’oublie pas que je n’ai plus de carburant. Et le petit montant de 8 millions que tu m’as promis ferait bien survivre ma famille un moment. En attendant, ouvre bien les yeux et fais attention. Tu connais mal le pays. » Pourquoi et comment a t-il perdu les positions occupées auparavant? « C’est Dieu qui a voulu. Mais il t’a promu, toi. Dieu est Miséricordieux. Allahou akhbar! » Répondent-ils pieusement. Et, ils font la Djihad à leur façon, oubliant Dieu et le peuple.

Mettre en œuvre un projet est leur moindre souci. « Les conseillers » savent que faire à la place d’un projet profitable à tous! Avant l’évaluation, ils font prendre des mesures. « Cesse de t’inquiéter – disent-ils à celui qu’ils influencent- Prend ta voiture et suis-moi. Mais personne ne doit savoir où on va. Je connais un Karamoko qui est l’un des meilleurs. Quand j’étais ministre, il m’a évité la prison lorsqu’il y a eu des problèmes autour des projets inachevés de mon département. Il va fermer la bouche à tous ceux qui viendront pour l’audit. Surtout n’oublie pas l’enveloppe des 15 millions à lui amener pour que ton cas soit traité d’urgence. N’oublie pas aussi le mien mon cher. Ma femme me disait hier que le sac de riz ne ferait pas la semaine

Ces réflexions me traversèrent l’esprit durant les quelques minutes de silence imposé par l’analyse inattendue d’Ansou. Sachant qu’il avait marqué un bon but, mon époux poursuivit, avec délectation. « Femmes, vous ignoriez que le système doit se pérenniser pour la survie d’un panel de 500 personnes au détriment des millions de guinéens?» Des statistiques à présent. Me dis-je. Comme s’il avait saisi ma pensée, il pointa - l’index au dessus du majeur - ses deux doigts en canon de pistolet sur moi. « Oui ma chère. Chaque fois que l’on essaie de renouveler le pays, il y a toujours un retour sur les anciennes méthodes. Pourquoi ? Simplement, parce que de nouvelles vues et de nouvelles méthodes exigent de nouveaux hommes avec de nouvelles mentalités. C’est un sacrifice à faire ou alors on retombe essoufflé sur ses genoux en se disant que le changement est impossible. Le changement est possible mais il n’est ni sentimental ni émotionnel. » Que veux-tu dire, le questionna Yarie intrigué.

Il fit une pause pour nous impressionner et d’ailleurs ne put s’empêcher de nous dédier un sourire supérieur. Chacune choisit de regarder un point du mur pour éviter son sourire. Mais il l’élargit et le maintint jusqu’à ce que notre curiosité nous oblige à le regarder et à subir son sourire. Alors, il consentit à donner une réponse. Le tyran! Il finit tout de même par dire. « N’avez-vous pas remarqué, chères amies que chaque fois qu’il y a un changement en vue, il se trouve qu’au minimum un ou deux des membres de l’ancien système que l’on veut changer, se retrouve lavé de tout opprobre ? L’injection fatale. Ce sont ces affranchis qui deviennent de nouveaux conseillers auxquels  on reconnait une expérience qui n’est pas celle du changement en perspective. Mais ils deviennent des «  conseillers » qui n’ont d’autres choses à dire que : « Attention, s’il n’y a pas eu ceci avec nous, c’est que nous avons fait cela ». Le NOUS AVONS FAIT implique le recours à l’ancien système condamné. Ces membres sont injectés à petites mais fortes doses. Il y a des cris d’alarme – comme le mien aujourd’hui grâce à vos débats toi Oumou et Yarie – que nul n’écoute. Progressivement, on retourne à ce qu’on a voulu changer. »

Yarie, stupéfiée, l’aida à conclure : « Ils disent alors : Vous voyez ils n’ont pas fait mieux que nous. Ça c’est la Guinée ça. Ou tu nous appelles ou rien ne marchera. Nous, on connait le pays. »

Mais il y a une plus grande et visible certitude : rien n’a bougé et rien ne s’est fait avec eux. Au futur, rien ne se fera avec eux. Ils se complaisent dans la vaine routine de l’hypocrisie, s’en félicitent en sabotant l’évolution et le développement d’un pays qui leur a donné vie et subsistance. Pensais-je tristement, tandis qu’une question se fixait dans mon esprit : Vont-ils encore réussir à récupérer et à étouffer la douloureuse marche de la Guinée vers une véritable transition démocratique?

Les inquiétudes sont de mises. Les dirigeants potentiels sont entravés. Le Général Sékouba Konaté qui semble vouloir libérer le pays de son triste passé ne semble pas être conscient de la toile d’araignée qui se tisse autour de lui. Le Premier ministre, Jean Marie Doré, lui en est conscient et doit faire un choix au niveau des hommes : les péripéties d’un changement véritable ou les aléas d’une vaine routine. Question de détermination non de déterminisme patriotique.

 

Par O. Tity Faye - Publié dans : Rumeurs politiciennes - Communauté : POUR L'AFRIQUE
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