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Mercredi 28 octobre 2009 3 28 /10 /Oct /2009 17:51

Les média créent – ils une culture spécifique?

L’érection des média à l’épicentre de la vie sociale devient de plus en plus incontournable. Leur impact sur les habitudes de la vie culturelle et industrielle est, aujourd’hui, incontestable. Ils sont à la base de la transmission de nouvelles et même d’une certaine catégorie de la connaissance. Grâce aux média, il semble que la vulgarisation scientifique - celle des us, coutumes, et traditions, et conséquemment les modes de comportement - sont transmises d’un pays à l’autre plus facilement. De ce fait les média contribuent-ils à l’émergence et à la consolidation d’une nouvelle forme de culture interplanétaire, une culture qui n’a plus de propriété spécifique ?

Dans les pays africains, le débat sur la culture que génère les média en particulier est latent, actualisé de temps à autre, mais sans recherche de réponse à la question : que faire?

Pourtant l’Afrique, du fait de son retard d’industrialisation, est le continent le plus exposé à la culture que diffusent les média. Ce continent reçoit de façon quasi-unilatérale l’information, la part de connaissance livrée sur les technologies nouvelles et leur contenu culturel en termes de psychologie comportementale et de frustration.

Les satellites et les médias transnationaux, en particulier la télévision, et depuis quelques années l’internet accroissent, dangereusement, cette tendance. Ce n’est pas que le partage par transfert culturel industriel soit en lui-même un danger en tant que forme de diversification et d’enrichissement de la civilisation universelle. Il serait, simplement, injuste, en même temps dommage, que ce transfert ou échange culturel soit à la base de la disparition de données culturelles qui aussi apportent leur part d’enrichissement à notre planète.

Le fait est que le flot d’un coté est plus fort et plus constant que de l’autre. Le déséquilibre est évidemment le résultat du déséquilibre en matière de développement économique, industriel et technologique. Rétablir ce déséquilibre est l’objet de débats, de plans, et stratégies de développement et de lutte contre la pauvreté.

En attendant, il est peut-être nécessaire de porter la discussion sur des aspects qui semblent être dilués dans les programmes d’ajustement structurel et de rééquilibrage macroéconomiques. C’est le cas de cette culture médiatique et de son impact sur les populations africaines.

Que serait donc cette culture des média ?

Les études sur l’impact des médias remontent aux années 1940 et 1960 aux États-Unis et en France. Les américains mesurèrent l’impact que la radio et la télévision ont eu sur les élections dans les années 40. Ils révélèrent la part prise par ces média pour influencer les votes des électeurs d’un coté ou de l’autre. En France les études d’Edgar Morin ont été plus exhaustives. Non seulement il a mis en exergue cette nouvelle culture sous l’appellation de culture de masse mais aussi, il en a expliqué les mécanismes qui contribuent à une uniformisation des goûts et genres de vie.

Avant de parler de ces mécanismes et de porter la réflexion sur la manière dont ils peuvent agir dans un contexte africain, il est important de revenir sur le concept complexe de culture. Ce dernier suscite aussi et encore des débats de nature doctrinale et exacerbe les positions d’école. Aussi pourrait-on se contenter d’un compromis de définition qui exprime tant bien que mal l’ensemble des éléments constituant de la culture. En se basant sur la définition du Larousse, on peut considérer la culture comme un ensemble d’acquis immatériels dont un individu, une société, tirerait des acquis matériels pour l’amélioration des conditions de vie.

En considérant ces éléments constitutifs, la culture de masse est également un concept polémique du fait même de la polysémie de la notion de culture. L’autre aspect polémique est ce qui ressort des études faites par Edgar Morin dans son livre L’Esprit du Temps en ses deux fascicules Névrose et Nécrose. En somme, selon Morin la culture des média s’oppose à la culture traditionnelle des sociétés bien qu’elle tire sa substance à partir des éléments constitutifs de cette dernière. Quelle est donc la différence entre la culture des média et la culture traditionnelle ?

La spécificité de la culture des média découle du mode de transmission et de l’association de diverses cultures en un ensemble qui impose de nouveaux comportements, rénove le code social et rend l’éthique hybride. Comment cela se produit ils ?

Le processus se déclenche grâce aux mythes, aux représentations produits et diffusés selon la technique industrielle propre aux média. Tous les thèmes de la vie y participent et se retrouvent à divers niveaux : jeux, spectacle, information, publicité, feuilleton, série télévisées, courriers du cœur et des lecteurs ; les méthodes d’utilité pratique concernant la maison, la coiffure, la mode, la politique, l’économie, etc.

Conséquemment, les média – journaux, cinéma, télévision, et radio – deviennent des conseillers qui guident et orientent le quotidien. De quelle façon la culture des média atteint les mentalités ?

Par des modèles, explique Edgar Morin : "L’atteinte de l’homme par la culture des média se produit par les phénomènes d’identification et de projection". Globalement, il s’agit d’une téléparticipation mentale. Celle-ci se produit parce que la culture des média inclut des thèmes folkloriques de cultures nationales pour toucher de larges strates culturelles. Cette culture s’attaque d’abord à l’imagination. Elle engendre un processus psychologique dont l’effet s’apparente à ceux de la magie et de la religion.

Il s’agit donc d’une sorte d’hypnose permanente qui permet d’inculquer l’ordre impérieux d’avoir recours aux média. Des années 40 et 60 à nos jours – au 21e siècle – la gamme des services offerts par les média s’est élargie. Et, il y a une tendance constante au monopole des média tant sur les services collectifs (la météo par exemple) que sur les services individualisés (la couleur de la chemise à porter selon la température). Leur monopole déjà acquis sur l’information générale fait que l’idéal d’identification que chacun recherche est trouvé à travers les médias. Qu’il s’agisse d’un homme politique important, une star du cinéma ou de la télévision ou d’une quelconque personnalité auquel l’on s’identifie, le modèle de représentation idéalisable se trouve à travers les média.

En général, l’on se projette psychiquement dans l’action décrite en se substituant, inconsciemment, au personnage idéalisé en un transfert quasi-sacrificiel. C’est ainsi que les média produisent des modèles d’imitation. Ils sont reproduits en modèles standards. Alors se constituent les mythes qui créent de véritables modèles culturels.

Ces modèles, affirment, à juste raison, E. Morin, incitent à la liberté anthropologique ou l’homme n’est plus aux ordres de la norme sociale. Les grandes transcendances – a famille, l’État-père et la patrie-mère – sont ainsi facilement remplacées.

Les adolescents s’identifient et adoptent le comportement et les modes vestimentaires des stars en vogue comme les stars du hip hop. Certains adoptent leur comportement violent ou tentent de reproduire leur façon de vivre. Ceux qui finissent leur cycle universitaire le font dans la perspective de réussir comme Bill Gate ou en tout cas une des grandes réussites dans la politique ou dans les affaires dont les actions sont connues à travers les média. En Afrique, malgré les salaires insuffisants, les difficultés économiques et la pauvreté, l’on tente d’acquérir les mêmes commodités technologiques en produits de consommation que dans les pays riches et producteurs de ces biens. La culture des média aurait-elle vaincu les traditions ? À suivre - pour débattre.

O. Tity Faye

 

Par O. Tity Faye - Publié dans : Culture - Communauté : POUR L'AFRIQUE
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