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  • Je suis journaliste, auteur, et enseignant.J'aime les analyses et débats touchant à la politique et l'économie autant que les philosophies, mythes, religions et croyances anciennes. Auteur : Guinée-Chronique d'une Démocratie Annoncée.

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Samedi 24 octobre 2009 6 24 /10 /Oct /2009 07:17

Je m’appelle Oumou Tata Fofana et je désire comprendre la politique comme les hommes et les quelques grandes dames du monde politique. Un jour, à la lecture des articles de O.Tity Faye sur le site web « guineenews », mon époux, Ansou Fofana, s’emportait en disant, « ce n’est pas sérieux cette histoire de sorciers, ici et là. Ce gars-là devrait apprendre à écrire sérieusement à propos des choses sérieuses de notre pays. Heureusement, qu’il est allé s’asseoir au Canada pour jouer les donneurs de leçons. Sinon, je te dis que moi, je l’aurais retrouvé pour lui dire deux mots ».

Comment lui faire comprendre la métaphore à propos des sorciers que représentent les partis politiques et tous ceux qui utilisent des artifices pour profiter du pays? Au moindre mot, il va galoper sur ses grands chevaux et me dire encore : « une femme n’a pas le droit d’approfondir les choses politiques ». Au 21ème siècle! Le défiant, ma meilleure amie, Yarie, ne cesse de me répéter en sa présence: «Que fais-tu avec un tel bonhomme?» À part qu’il soit grognon et désagréablement tatillon sur la politique, il a d’autres qualités …  Enfin, ce n’est pas l’objet de mon article. Je me demande comment des atermoiements du capitaine Dadis et du Cndd, à propos de sa candidature aux élections présidentielles, on est arrivé au massacre du 28 septembre 2009?

Mon amie Yarie, après ses déboires à militer au sein de plus d’une dizaine de partis politiques, avait cru trouver en Dadis ce qu’elle attendait: la pratique et la théorie de la punition. « Pour une fois, les corrupteurs et les corrompus ne vont pas s’en sortir indemnes. Il n’y aura pas de chasse aux sorciers comme tu le crains. D’ailleurs, il n’a pas fait d’arrestations au sein du gouvernement défunt. Les audits nous dirons qui a fait quoi?». Avait fébrilement, déclaré Yarie, un matin. Je l’amenais, comme d’habitude, à l’Université ou elle enseigne le Français et la Littérature.

À l’instinct, je l’avais contredit : « Justement! Ces audits me semblent être une simple course à l’argent et une course à l’argent signifie une course au pouvoir et vice-versa. L’assainissement de l’administration m’aurait convaincue mieux de sa volonté de liquider le système de corruption. Une administration rénovée serait à même de mieux conduire des audits. Mais dans un tel fourbi, j’ai l’impression qu’on intimide certains pour leur prendre une partie de ce qu’ils ont détourné, en attendant d’autres sources de revenus. Les audits prendront fin alors… ».

On était arrivée à sa destination. Yarie avait rigolé en me jetant à la figure, « La voilà! La logique selon Oumou Tata. Toujours à contrecourant de tous. Va à tes chantiers, Ingénieur. Laisse-nous la politique ». Elle était partie sans un regard derrière sachant bien je reviendrai la ramener chez elle.

J’avais donc, poursuivi, seule, mes réflexions, élaborant mes craintes sur des faits. Un personnage, qui monopolise la télévision, humilie publiquement les gens, y compris ses propres collaborateurs, ne peut être un bon chef quoi qu’on mette à son crédit. Me dis-je. Sur une telle voie, on finit par croire avoir raison sur tout et pire on finit par se croire messianique.

Le 28 septembre 2009, son cortège funèbre et de viols, venait de prouver que j’avais raison. Heureusement que Yarie était du coté du Cndd avant les tueries. Sinon je ne veux même pas imaginer ce qui aurait pu lui arriver si elle militait encore à l’Ufr de Sidya Touré. Non seulement Dadis et le Cndd n’ont montré aucune considération pour les populations guinéennes, aucun respect pour les femmes guinéennes, mais ils foulent aux pieds toutes tentatives de remettre sur pied les institutions nationales.

Je me rappelle avoir lu sur «Guineenews», il ya quelques mois, un communiqué de l’Ufr qui m’avait effaré en son temps, après avoir lu le communiqué des onze partis politiques sur la même question : livrer au Cndd, une plate-forme commune pour les élections nationales après le coup d’État du 23 décembre 2008. Au lieu d’un, nous avions deux. Le premier avait un calendrier qui allait des élections législatives aux présidentielles en 2009. Le second provenant de l’Ufr, en solo,  proposait un calendrier inverse pour l’année 2009. Le CNDD, lui proposait un calendrier qui couvrait 2010.

« Nous y voici, avait dit Ansou, mon cher époux, la tête perdue dans la fumée de sa cigarette. J’aime ça. Il faut d’abord que Dieu nous donne un président, le nouveau chef. Sans quoi rien ne peut se faire normalement. C’est le président qui doit décider de tout et les autres exécutent. Hein! Oumou ? ».

Je me suis raclé la gorge pour utiliser ma plus douce voix en lui répondant : « Comme le Général Lansana Conté ? Un qui va rester encore pendant plus de 20 ans sans rien changer à notre vie? » Il a bondi sur ses pieds pour répliquer, « je n’ai jamais dis ça. Tu déformes tout. Ah ! Les femmes, il faut toujours qu’elle te mette sous la dent ce que tu n’aimes pas. Je veux le changement avec un nouveau chef que Dieu va nous donner. Inch’Allaou ». Que dire de plus? Quand on atteint les extrémités religieuses, il vaut mieux éviter les commentaires.

Tous les maris africains ont dans leurs mains les feux de l'enfer; juste pour bruler la femme désobéissante. Ce n'est pas chez tes parents que tu vas avoir raison ni sur la place publique. Alors, je me suis tassée dans mon coin en pensant tout de même que cette histoire de présidentielle avant les législatives cachait quelques chose de louche. Alors j’ai relu le communiqué de l’Ufr de Sidya. C’était là, clairement dit là-dedans, il fallait d’abord un président de la République élu qui va utiliser tout son poids pour donner la majorité à son parti politique à l’Assemblée nationale, comme en 1993 et 1994! La belle donne. L’erreur fatale que le capitaine Dadis attendait. Avec ses ambitions de briguer la présidentielle, il n’a pas de parti politique pour les législatives. Avec les présidentielles en avant-première, il aura à utiliser l’administration pour la fraude et l’armée pour l’intimidation. Patatras!

Il est apparu de plus en plus, disons au fil du temps, que le chef de la junte militaire, Dadis Camara, allait user de la kalachnikov pour rester au pouvoir. Ansou et Yarie sont ulcérés par les tueries du 28 septembre 2009.  Le premier, un mystique - antirépublicain et la seconde, une militante en mal de bonheur politique, avaient eu en commun, l’espoir que le capitaine, aux humeurs danseuses, soit un rédempteur désintéressé. Je leur avais dit à chacun, séparément : «Askiya! Il ne le sera pas. » Ansou m’avait boudé trois jours. Le prévisible. Yarie, mon amie, ne m’a pas parlé pendant trois jours, rejetant tous mes appels téléphoniques » L’imprévu.

Ils n’oublieront jamais ce 28 septembre. Ansou était revenu avec une voiture cabossée par des coups de crosse de fusil, ses quatre pneus mis à plat par des tirs et le dos de sa chemise arraché par un militaire qui a tenté de le tirer dehors. « On m’a tiré dessus avec des vrais fusils … des vrais fusils » m’a-t-il dit alors que je le tirais à l’intérieur de la maison. Yarie était là, prostrée.   

J’avais, pourtant, bien dit à mon amie « Ma chère, nous sommes à la merci d’une conception particulière du pouvoir. Dadis et consorts ne peuvent pas faire ce qu’ils n’ont pas appris de leurs prédécesseurs militaires. Une prise de pouvoir par la force ne connait que l’exercice de la force. » 

Ce n’était qu’une opinion, une argumentation politique... Elle devint réalité, à mon insu et à au préjudice des populations guinéennes, le 28 septembre 2009. Je n’ai jamais souhaité que des gens meurent, que des femmes soient violées publiquement, pour confirmer ma logique, la logique selon Oumou Tata comme le dit Yarie. Combien de fois, me suis-je maudite de cette prophétie funèbre? Cette fois, pour montrer leur pouvoir de destruction, les nouveaux sorciers ont organisé, publiquement, sur la plaine dénudée, Filima, l’orgie meurtrière. Un festin de destins interrompus. La conception du pouvoir en Afrique.


Par O. Tity Faye - Publié dans : Rumeurs politiciennes - Communauté : POUR L'AFRIQUE
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